Pétrole : vers un retour du baril à 100 dollars ?
Porté par une forte demande, l’or noir retrouve son prix d’avant la pandémie et pourrait même le dépasser d’ici la fin de l’année.
Un vent de folie souffle sur le pétrole. Début juillet, le prix de l’or noir grimpait à 77,50 dollars le baril et retrouvait son niveau d’octobre 2018. Au cours des six premiers mois de l’année, les prix des principales références de brut ont gagné plus de 50 % de leur valeur. L’Agence internationale de l’énergie (AIE) annonçait à la mi-juillet que la demande mondiale de pétrole avait continué à croître en juin avec la reprise économique, pour atteindre désormais 96,8 millions de barils par jour. Si la tendance se maintient, la demande mondiale devrait dépasser les niveaux d’avant la crise du Covid-19 d’ici la fin de l’année pr
ochaine, selon l’AIE.C’est un virage à 180° après le krach sans précédent d’avril 2020, lorsque le prix du baril avait plongé sous les 20 dollars. En pleine crise sanitaire, l’ère du pétrole bon marché paraissait s’installer pour longtemps. La consommation s’était effondrée et les stocks de brut accumulés laissaient penser qu’une remontée des cours paraissait improbable. En septembre dernier, BP prédisait même le début de la fin de l’ère du pétrole. Aujourd’hui, le dynamisme de la demande devrait se poursuivre, mais des incertitudes pèsent sur la production. « L’offre mondiale de pétrole continue de croître de mois en mois, mais pas assez vite pour répondre à une croissance de la demande encore plus forte. Avec des stocks aujourd’hui inférieurs à leur moyenne des cinq ans, il reste un écart que l’Opep+ pourrait combler cette année », complète l’AIE. Cependant, les pays pétroliers ne parviennent pas à s’entendre sur le niveau de relance de la production, ce qui devrait freiner l’offre au moins jusqu’à la fin 2022. De plus, le manque d’investissements de ces dernières années pèse sur la vitesse de reprise de la production. « Nous sommes dans une période transitoire très difficile à gérer », relève Benjamin Louvet, spécialiste du marché des hydrocarbures. Dans ces conditions, les experts redoutent que, dans les douze à dix-huit mois qui suivront la fin de la crise sanitaire, une crise pétrolière survienne. Au regard de la vigueur de la demande et de l’incertitude qui pèse sur l’or noir, un prix du baril à 100 dollars, ce qui n’était arrivé qu’en 2008 et en 2014, n’est plus exclu. « Ce n’est pas un fantasme, nous sommes au début d’un supercycle, relève John Plassard, spécialiste des investissements du groupe bancaire et financier Mirabaud, basé à Genève. Les réformes et les plans de relance aux États-Unis, en Europe et en Chine engendreront une forte demande de pétrole. On peut envisager un baril à 80 ou 100 dollars avant la fin de l’année. »